This is the translation of a previous post, “The Fifth “E”: Is Energy Becoming a Presidential Priority in Haiti”. To read the original in English, please click here 

Aux quatre priorités que le président Martelly a identifiées pour son mandat, éducation, emploi, environnement, état de droit, qui composent les quatre « E », s’est ajoutée une cinquième priorité, l’énergie. Lors des ateliers sur l’énergie organisés par Dr. René Jean-Jumeau, Secrétaire d’Etat à l’Energie le 27-28 septembre, le Président a insisté sur l’impact désastreux des usages actuels de l’énergie sur la couverture végétale, et la nécessité d’une transition vers des sources d’énergie plus propres. Il a conclu : « nous avons besoin d’électricité pour développer l’industrie dont Haïti a besoin, nous avons besoin d’électricité dans nos campagnes, afin que s’estompent des soirs des ténèbres sans lune. » Le premier ministre Garry Conille a également repris ces priorités lors de son discours de politique générale.

La semaine de l'Energie s'est deroulee les 6-12 novembre dans les Caraibes.

Du 7 au 11 novembre, la Semaine de l’Energie s’est tenue au Parc Historique de la Canne à Sucre et à la faculté des Sciences de l’UEH, pour la première fois en Haïti. Pendant 5 jours, étudiants, personnel académique, entrepreneurs, hommes d’affaires, acteurs de la coopération internationale, ainsi que les hauts responsables du gouvernement ont discuté de l’énergie sous tous ses angles, et de son rôle essentiel dans la reconstruction et le développement d’Haïti. Cette exposition, ouverte à tous, a montré les technologies disponibles en Haïti pour substituer le charbon de bois, et améliorer l’efficience des réchauds utilisés actuellement, augmenter de manière signifiante l’électrification du pays, et développer les ressources renouvelables.

Les défis liés au secteur de l’énergie en Haïti sont multiples : l’exploitation abusive de la biomasse traditionnelle, le faible taux d’électrification, et la grande dépendance vis à vis du pétrole importé qui se traduit par un prix très élevé pour l’approvisionnement en énergie. Ces trois problèmes qui se traduisent par une « pauvreté énergétique » se font sentir tous les jours sur le bien-être de la population, et ont des impacts directs sur le développement économique et social en Haïti.

La source d’énergie dominante en Haïti est le charbon de bois, qui constitue actuellement 75% de la consommation finale d’énergie nationale, et c’est souvent la seule source d’énergie pour les populations rurales. L’usage intensif de charbon a été désastreux pour la couverture végétale en Haïti. Près de 70% des dix millions d’Haïtiens vivent sans avoir accès à l’électricité, ce qui a donné lieu au commentaire du Président  « en termes d’énergie, Haïti est encore au Moyen Âge. »  Près de 63 pourcents de la génération d’électricité est dépendante d’huiles diesel importées, principalement du Venezuela, maintenues à coût bas par des subventions onéreuses pour le budget national. Or un rapport récent de la Banque Mondiale (rédigé par le cabinet d’études Nexant) a conclu que pour Haïti, le pétrole importé est à long terme la ressource fossile la plus onéreuse pour Haïti, avec un prix de 22.45 dollars américains par giga joule (GJ) pour 2014-2028, même après le gas naturel et le charbon.

Or il existe une variété d’options plus propres, économes et locales en Haïti. Les recherches de l’Institut Worldwatch, confirment les résultats de rapports par le gouvernement Haïtien (UGSE), et d’autres études de la Banque Mondiale. L’institut Worldwatch est actuellement en train de réaliser des études du potentiel éolien et solaire pour Haïti. Les résultats préliminaires montrent que les ressources éoliennes d’Haïti sont excellentes dans le Nord-Ouest, le Sud-Ouest et la région au Nord-Est de Port au Prince. En terme d’insolation, Haïti a un potentiel largement supérieur à la moyenne mondiale. Or, le développement des technologies solaires permet l’installation de structures de production décentralisées, qui peuvent fournir du courant pour des micro réseaux, et éviter les problèmes liés à l’interconnexion avec le réseau central.

Le bien être de la population Haïtienne et le développement économique de la nation dépendent fortement de la réussite d’une réforme en profondeur de l’approvisionnement en énergie, d’un approvisionnement fiable d’électricité à coûts modérés et de la façon d’utiliser les ressources. Pour pouvoir mieux gérer les risques économiques, ainsi que les fluctuations du tarif de l’électricité liés à la grande dépendance au pétrole, le gouvernement haïtien doit diversifier les sources et les types de ressources utilisées pour la génération de l’électricité. Pour développer ces ressources renouvelables, c’est le rôle du gouvernement de créer un environnement légal et politique qui soit propice au développement de ces ressources. L’expérience acquise internationalement montre que la mise en place de politiques de soutien à la production d’énergies renouvelables a été essentielle dans les pays qui ont réussi à développer un grand marché pour ces technologies. La récente nomination du Docteur René Jean Jumeau marque un développement positif qui ouvre la voie à un renforcement des capacités et des moyens sur les questions liées à l’énergie dans le pays. Nous avons identifié les domaines suivants où la nouvelle administration peut faire des progrès rapidement dans les prochains mois :

  • Plutôt que de planifier expansion de l’approvisionnement au moindre coût (« least cost supply expansion »), les agences de planification en Europe et aux Etats Unis ont utilisé une méthode appellée integrated resources planning, qui intègre un éventail large d’options technologiques, et d’externalité dans le calcul des coûts (IRP) Il s’agit de considérer toutes les options énergétiques disponibles, et de planifier le mix énergétique du pays en prenant en compte les mesures d’efficience énergétique, les solutions décentralisées, et les coûts environnementaux et sociaux.
  • Identifier les réformes nécessaires : certains points du cadre législatif qui régule le secteur de l’énergie et particulièrement le sous-secteur électrique sont une barrière à l’exploitation de ces nouvelles ressources renouvelables. Par exemple, pour profiter du grand potentiel qu’ont les bâtiments à produire de l’électricité à partir de panneaux photovoltaïques, il est nécessaire de permettre aux producteurs décentralisés d’injecter le surplus de leur électricité produite dans le réseau, ce qui n’est pas possible actuellement car EDH a le monopole sur la vente d’électricité. Certaines réformes légales sont également nécessaires pour baisser le prix de l’équipement des énergies renouvelables, en levant les taxes sur importation de l’équipement.
  • Engager le dialogue avec les banques et le secteur privé : tout comme on évalue les barrières légales, un travail en profondeur sur les barrières financières permettra aux décideurs de mieux prendre en compte les besoins du secteur privé, et de pouvoir choisir les politiques d’incitations appropriées, de manière à pouvoir mieux évaluer besoins, et les difficultés du secteur privé à entrer dans le marché des énergies renouvelables.
  • Créer un bureau pour l’électrification rurale: presque la totalité de la population rurale Haïtienne n’a pas accès à l’électricité. Mais ils ont accès à des ressources primaires comme la bagasse, le son de riz, les bio-carburants, les déchets organiques des animaux, qui pourraient toutes contribuer de manière décentralisée au mix énergétique du pays, si seulement les paysans avaient un marché auquel revendre leur production d’énergie. Certains pays comme la Thaïlande ou la Tanzanie ont développé un programme de coût de rachat garanti pour des micro-projets qui a permis aux campagnes de produire de l’électricité localement, à coûts bas.
  • Eduquer : investir dans une nouvelle génération de scientifiques, de techniciens, et d’hommes politiques bien informés des questions énergétiques contribuera à renforcer les capacités locales Haïtiennes sur ces thématiques essentielles.

 Par Xing Fu-Bertaux, Institut Worldwatch

L’Institut Worldwatch, un centre de recherches spécialisé depuis trente six ans dans la prospective et le conseil pour le développement des énergies renouvelables, a été invité à parler de la manière dont les énergies renouvelables peuvent contribuer au développement en Haïti, et des politiques nécessaires pour exploiter ces ressources abondantes et nouvelles. Pour plus d’informations sur le travail de l’Institut, et avoir accès à plus d’informations sur le potentiel des énergies renouvelables en Haïti, contactez caribbean@worldwatch.org

Supported by the International Climate Initiative of the German Government, Worldwatch currently works on Sustainable Energy Roadmaps for the Dominican Republic, Haiti, and Jamaica.

 

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